
Par Jacques
Mandorla Vice-Président de l’Institut Français du
Design
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Comme l’an
dernier, je suis allé observer pour l’Institut Français du Design les
nouvelles créations présentées au 49e Salone del Mobile à
Milan.
Cette année,
deux phénomènes m’ont frappé.
Premier phénomène : par rapport à 2009, les éditeurs ont
confié beaucoup plus de projets aux designers de renom. Ainsi, l’Espagnole
Patricia URQUIOLA a collaboré avec 15 éditeurs différents (pour 40
produits présentés au total !), le Néerlandais Marcel WANDERS avec 9
et le Français Jean-Marie MASSAUD avec 7 ! Pourquoi ? Soit les
éditeurs ont voulu limiter les risques commerciaux en misant sur
les stars, soit ils ont préféré médiatiser au maximum leurs
investissements. À moins que ce ne soit pour les deux raisons à la
fois.
Second
phénomène : j’ai eu la nette sensation que cette édition 2010 était
une réaction à la crise économique mondiale subie au second semestre 2009.
En effet, en déambulant aussi bien parmi les stands de la Foire que dans
les show-rooms du « Salon Off » dans la ville, j’ai découvert
beaucoup moins de projets audacieux, étonnants, créatifs que l’an dernier.
Et j’ai perçu une volonté encore plus forte, de la part des éditeurs, de
maîtriser les prix de revient et de recycler le maximum de
matériaux.
Voici donc mes 7
coups de cœur pour l’édition 2010.
Coup de cœur
n°1 : priorité aux objets éco-design
Un véritable
tsunami de Développement durable a submergé Milan 2010, parmi lequel j’ai
apprécié 4 créations :
- Le tabouret
GLASS en laine de verre recyclée (du type de celle utilisée comme isolant
dans le domaine de la construction), créé chez ALIAS par les designers
italiens Riccardo BLUMER et Matteo BORGHI. À noter que ce tabouret n’a
subi aucun traitement chimique et que ses créateurs ont sélectionné des
billes irrégulières rappelant la composition moléculaire de la
matière.

- La SPARKLING
CHAIR, conçue par le designer hollandais Marcel WANDERS pour MAGIS et
élaborée en recyclant des bouteilles d’eau minérale en plastique,
auxquelles ses quatre pieds ressemblent d’ailleurs et qui présentent
l’astuce de se visser très facilement dans l’assise !

- La lampe
CAMPANA, dont le nom vient du patronyme de ses concepteurs, les frères
brésiliens Fernando et Humberto CAMPANA, et dont le mot en italien
illustre bien sa forme (cloche) ! Proposée par EDRA, elle est composée de
180 lamelles d’aluminium anodisé, découpées au laser. L’économie d’énergie
vient de ce que la lumière de l’ampoule basse puissance est fortement
reflétée par la mosaïque de pièces de métal, ce qui augmente nettement la
luminosité de la lampe.

- La table THE DARK
SIDE OF THE MOON, dessinée par le célèbre designer italien Piero LISSONI
pour GLAS, est conçue par recyclage de bandes de verre coloré provenant de
chutes récupérées auprès d’industriels.

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Coup de cœur
n°2 : la Black Exhibition de Ora Ïto
Le jeune et
talentueux designer français a créé l’événement à Milan !En effet, il
a présenté, pour la première fois, ses toutes dernières créations dans un
show-room personnel.
Le thème
fédérateur « Black Exhibition » avait pour but de magnifier la
couleur noire, synonyme d’élégance. Pari réussi.
Des imposants
chandeliers CHRISTOFLE à la nouvelle génération des abribus JCDECAUX, en
passant par l’étonnant couteau FURTIF de la FORGE DE LAGUIOLE ou le
sublime fauteuil ORA-GAMI, véritable prouesse technologique éditée par
STEINER (photo), on peut affirmer que cette exposition ORA ÏTO a été l’un
des plus grands buzz du « Salon
Off » !
Coup de cœur
n°3 : Gaetano Pesce, le cocardier
L’inclassable
designer italien est revenu dans son pays natal, délaissant les Etats-Unis
où il vit, afin de lancer une collection qui célèbre, avec un an d’avance,
le 150e anniversaire de l’Unité italienne, réalisée en 1861.
Pour cela,
Gaetano PESCE a convaincu l’éditeur CASSINA de produire 61 tables
tricolores (aux couleurs du drapeau italien : vert-blanc-rouge). Il a
d’abord conçu une Italie géante de 20 mètres sur 25 en résine, découpée
ensuite en 61 parties (Sardaigne et Sicile comprises), constituant chacune
une table à la forme unique !
Chaque modèle
est alors numéroté dans l’ordre de son rattachement historique à la
Nation et comporte, en sérigraphie, une citation écrite de la main
même du designer !

Coup de cœur
n°4 : Philippe Starck, l’indéboulonnable
Chaque année, on
se dit qu’il va être poussé à la retraite par des designers plus jeunes…
et, chaque année, il nous surprend avec de nouvelles créations proposées
par son éditeur fétiche KARTELL.
Philippe STARK
m’a étonné avec son canapé MAGIC HOLE qu’il a co-signé avec Eugeni
QUITLLET, designer catalan de 38 ans qui collabore avec lui depuis
2001.
Ce canapé,
destiné à vivre en extérieur et réalisé en polyéthylène coloré dans la
masse, attire l’œil par ses deux trous (d’où son nom) de couleur orange,
percés dans les accoudoirs et servant de porte-revues.

Coup de cœur
n°5 : Corian donne carte blanche à Karim
Rashid
Le célèbre
matériau inventé par DuPont a financé le projet futuriste de Karim RASHID
intitulé « Smart-ologic Corian Living ». Le designer américain,
d’origine égyptienne, a réussi à faire oublier l’habituelle froideur
tactile du CORIAN grâce à l’utilisation de couleurs aux tons pastels pour
son concept de maison éco-design.
Salle de bain,
chambre, séjour et jardin proposent des solutions d’utilisation du CORIAN
autres que les traditionnels plans de travail de cuisine, avec l’objectif
de « contribuer au cercle vertueux d’innovations, capables d’apporter
à la vie quotidienne : beauté, confort et développement durable,
fondés sur des technologies nouvelles ».
Un seul
regret : dans Milan, le show-room CORIAN est vraiment trop à l’écart
des endroits où se presse en masse le public amoureux de design, comme la
Zona Tortona ou la Zona Duomo.

Coup de cœur
n°6 : Tender Rain revisite la douche
Au salon de la
salle de bain SPA DESIGN, j’ai adoré l’inventivité de la société italienne
TENDER RAIN.
Elle a
définitivement banni le classique pommeau de douche, en forme de
mini-passoire, pour le remplacer par des plaques, courbes ou planes, qui
répartissent l’eau sous forme de jets multiples, procurant des sensations
proches de celles fournies par un spa.

Coup de cœur
n°7 : Victor Boëda, un talent d’avenir
Ce jeune
designer français, admirateur des travaux du
designer italien Achille CASTIGLIONI, a démarré très fort sa
carrière en étant lauréat, à 23 ans seulement, du Grand Prix Steiner 2007,
pour son projet d'assises modulables « 1,
2, 3 ».
Dans
le show-room de l’éditeur français STEINER à Milan, j’ai bien apprécié son
canapé LILLIUM, aux lignes aériennes et florales, qui propose un jeu de
courbes simples (comme les trois pétales des fleurs de la famille des lis,
dont le lillium fait partie) : une courbe pour l'assise, une pour le
cale-reins et une pour le dossier.
Victor
BOËDA : un jeune designer à suivre de près
!

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