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Xavier DixsautQuelles sont aujourd’hui vos fonctions ?
Directeur de l’innovation. Il s’agit plutôt du titre de directeur du design avancé car j’estime être avant tout designer. Nous avons même évoqué la fonction d’innovation par le design ce qui me semble le plus juste mais un peu long…

Quelles ont été les différentes étapes de votre parcours professionnel ?
Après différents travaux d’étudiant C.C.I., Cartier, etc… j’ai eu la chance d’intégrer le groupe Forma avec Dominique Averland et Dominique Decourt, une expérience de près de 5 ans qui correspondait bien à mes (nos) envies d’étudiant. 

A l’époque, les urbanistes définissaient les grandes règles d’aménagement, les architectes posaient leur « produit architectural » dans le plan d’urbanisme, et puis plus grand chose, les services techniques, les paysagistes devaient se débrouiller avec le reste et comme nous n’avions ni les compétences des techniciens, ni celles des paysagistes qui à l’époque, fin des années 70, étaient considérés comme de super jardiniers, nous avons eu l’idée de nous occuper de la « peau de la rue », travailler sur l’aspect qualitatif, les revêtements de sol, le mobilier, l’éclairage, les supports de communication des élus vers les administrés etc…

Une expérience très intéressante et formatrice. 

En 1982, on m’a proposé de rejoindre Louis Vuitton comme le premier designer intégré, j’avoue que pour moi c’était un monde inconnu, mais une Maison qui avait déjà sollicité des designers comme E. SOTTSAS, G. AULENTI, FROG-DESIGN… était déjà une maison qui misait manifestement sur la création et le design. Je suis rentré chez L.V. pour 1 ou 2 ans, mais j’ai eu l’impression de changer 4 ou 5 fois de société en raison des évolutions diverses et j’y suis depuis plus de 20 ans.  

Selon vous, quelles qualités personnelles faut-il développer pour exercer le métier de designer ?
A chacun de déterminer, après de premières expériences professionnelles diverses, le cours, les objectifs qu’il souhaite donner à sa carrière, son métier. Ce doit être un engagement à terme, quitte à le remettre en question, à en changer en cours de route, mais toujours proclamer une éthique, une volonté, des engagements qui correspondent à une vision personnelle de la société, des entreprises, de leurs valeurs, de leur image,  que l’on travaille en intégré ou en externe, mais en tout état de cause le designer se doit d’orienter son travail vers une pratique « socialement correcte ». 

Considérez-vous  que l’enseignement qui vous a été donné vous préparait bien à votre métier ?
Dans les années 70, nos enseignants aux beaux-arts ne connaissaient pas ou ne voulaient pas connaître le terme « design », il a fallu l’arrivée de Patrick Bouchain, plus une prise de conscience, une fronde de quelques étudiants pour basculer de la « décoration volume » au « design »

Les études dans les écoles nationales des beaux-arts étaient très classiques mais terriblement efficaces, sans ces professeurs, et leurs enseignements finalement très ouverts, nous n’aurions pu monter cette réaction.

Nous étions finalement mal préparés à l’exercice de ce métier mal connu, mais une réflexion, un travail collectif entre étudiants et enseignants nous a permis d’ouvrir une porte dans la pratique de ce métier, jusqu’alors réservé à une élite issue de l’esthétique industrielle.  

Quelles améliorations pourraient être apportées au profit des jeunes générations ?
Aujourd’hui les étudiants n’ont plus les états d’âme que nous avions, le métier existe, il est rentré dans le langage courant, les années 90 ont voulu les faire entrer dans l’ère du business, de la starification. Finalement sans grand succès pour la plupart.

Je pense que les étudiants devraient travailler davantage une démarche collective, la création est aujourd’hui un peu en panne, les stylistes de mode travaillent le lundi matin à partir de ce qu’ils ont pu glaner aux puces le week-end, les nouveaux meubles sont souvent une ré-interprétation  (en mieux… dixit les galeristes !) de produits icônes, on assiste à une période de remix dans tous les genres et tous les métiers.

Les images sont séduisantes, mais la création redevient souvent une réinterprétation, la technologie est enrubannée de références faciles, le stylisme pervertit le design.

Pour ces prochaines années, quelles aptitudes faudra-t-il particulièrement développer ?
A défaut d’être, systématiquement, alter mondialiste les designers devront être mondialistes. La multitude d’expériences devra se faire aux quatre coins du globe, les écoles devront intégrer davantage d’enseignants de toutes origines culturelles et professionnelles, ainsi les donneurs d’ordre suivront avec des designers particulièrement ouverts aux phénomènes de société, qu’ils soient écologiques, technologiques, voire politiques bref des personnes d ‘une culture générale certaine.