Quelles
sont aujourd’hui vos fonctions ?
Je suis
designer industriel pour Kenwood Design, bureau de style de Kenwood Corporation.
Nous développons le design des produits de la gamme Kenwood
pour le monde entier : électronique embarquée, systèmes multimédias et hi-fi,
systèmes de navigation, audio portable, radio-communication […]. Le design
englobe le hardware, le software, le packaging, les médias de communication et
certains supports promotionnels. J’ai pour responsabilité le design produit de
la gamme Home Audio principalement. Mon travail est relativement flexible, il
m’arrive aussi de dessiner certains produits spécifiques pour l’automobile ou de
réfléchir sur des projets prospectifs. Je fais aussi parti de l’équipe de
communication de Kenwood Design pour certains évènements tels que les Tokyo
Designer’s Week par exemple.
Quelles ont été les différentes
étapes de votre parcours professionnel ?
Je
suis diplômé de l’Ecole de Design Nantes Atlantique en design industriel. Tout
au long de ces 5 années d’études, je me suis orienté vers le design produit en
réalisant des stages chez Design Continuum et Visteon par exemple. Au terme de
ce parcours, j’ai poursuivi mon projet de fin d’étude avec une entreprise
privée. Cela m’a permis de me rendre compte de la notion de design en agence et
en bureau intégré. Je fus par la suite contacté par Kenwood Design qui avait
retenu ma candidature spontanée et partai pour le pays du Soleil Levant. Cela
fera deux ans l’été prochain que je suis chez Kenwood Design à Tokyo.
Selon vous, quelles qualités
personnelles faut-il développer pour exercer le métier de designer
?
Etre designer, c’est une vocation. C’est un métier
qui requiert un investissement personnel important, beaucoup de motivation et du
cœur à l’ouvrage. C’est avant tout une activité cérébrale : tout est dans
la tête et c’est bien là le problème. Le design ne se limite pas à un coup de
crayon jeté, un rendu informatique en deux clics de souris ou une modélisation
3D obtenue par la pression d’un simple bouton. C’est malheureusement encore pour
beaucoup l’image du métier de designer. Cela prouve qu’il y a un problème de
compréhension. Comme toute activité cérébrale, il faut un outil de communication
pour pouvoir exprimer et défendre ses idées. Chacun s’exprime comme il peut, un
designer c’est pareil. A vous de choisir selon vos compétences et vos intérêts
(comprenez motivations). Certains se sentent libres devant une feuille de papier
et un crayon, d’autres sont créatifs devant un ordinateur. Ce qui compte c’est
de trouver un moyen de partager et de communiquer ses idées, ce que vous avez
dans la tête. C’est pour cela que le travail en équipe est enrichissant et juste
pour tous. C’est aussi le seul moyen de prendre du recul par rapport à son
travail. Enfin, la persévérance et la ténacité sont de précieuses alliées. Le
designer a une place difficile mais un rôle important en entreprise : il
doit avoir le sens critique tout en apportant des solutions. C’est en y
repensant, que je me dis qu’il faut profiter de ses années en école de design
pour se lâcher, affirmer sa créativité et exprimer tout son
potentiel.
Considérez-vous que l’enseignement
qui vous a été donné vous préparait bien à votre
métier ?
Oui. Le design est un enseignement et
requiert des bases. D’un coté sont les références à l’instar des métiers d’Arts
et de l’autre la formation technique. C’est cet équilibre qui déjà prépare aux
réalités de la profession. L’école est un moyen de tester sa flexibilité aussi
bien sur des problèmes de gestion de temps, de concentration que sur son travail
avec et vis-à-vis des autres. Elle permet de choisir sa voie et son orientation.
Les années permettent et doivent servir à juger son travail et forger son style
et son identité. Les stages ont pour cela été très importants et motivants pour
moi.
Quelles améliorations pourraient y
être apportées au profit des jeunes
générations ?
Sans vouloir rentrer dans le
débat « un designer doit-il savoir se vendre ? », je pense que
les cours de communication sont primordiaux. De la présentation de projet au
recrutement, les étudiants en design y sont déjà confrontés. Comme je l’ai dit
précédemment, beaucoup de personnes n’ont aucune notion de la quantité de
travail que peut nécessiter un projet de design et ce, malgré des délais très
courts qui eux sont pourtant, à l’évidence, compréhensibles. Le dialogue avec un
responsable produit, un responsable des ventes, un ingénieur ou un client quel
qu’il soit, oblige le designer à adapter son discours à la situation et d’être
confronté à une négociation. C’est la place elle-même du designer comme
coordinateur du projet qui impose cette flexibilité. Dans ce sens, je pense que
former les jeunes designers à certaines pratiques de communication (et non
pratiques commerciales) constitue un plus pour leur entrée sur le marché du
travail. Et ce dans plusieurs langues, c’est devenu un
impératif.
Pour ces prochaines années, quelles
aptitudes faudra-t-il particulièrement
développer ?
Le design se doit d’anticiper et
d’adopter une démarche intelligente vis-à-vis du futur. Concevoir, produire,
oui, mais il convient aussi de penser au cycle de vie du produit. Les jeunes
designers ne doivent pas négliger les process de production et la connaissance
des nouveaux matériaux. Ainsi armés, ils seront d’autant plus crédibles et
percutants auprès des professionnels. Autre point important, la mobilité. La
possibilité qu’ont désormais les écoles de design d’accéder aux réseaux
d’échanges internationaux est une chance et une porte ouverte sur le monde. Il
faut vivre internationalement. J’encourage vivement les étudiants à partir aux
quatre coins du globe pendant qu’ils bénéficient de cet encadrement. Il y a tout
à apprendre et il y a à apprendre de tous. Un designer doit s’intéresser à tout
et plus encore. La principale qualité qu’on demande et qu’on continuera de
demander aux jeunes designers demandeurs d’emplois, c’est leur culture
personnelle et leur culture internationale…