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Fabien GrégoireQuelles sont aujourd’hui vos fonctions ?
Je suis designer industriel pour Kenwood Design, bureau de style de Kenwood Corporation.
Nous développons le design des produits de la gamme Kenwood pour le monde entier : électronique embarquée, systèmes multimédias et hi-fi, systèmes de navigation, audio portable, radio-communication […]. Le design englobe le hardware, le software, le packaging, les médias de communication et certains supports promotionnels. J’ai pour responsabilité le design produit de la gamme Home Audio principalement. Mon travail est relativement flexible, il m’arrive aussi de dessiner certains produits spécifiques pour l’automobile ou de réfléchir sur des projets prospectifs. Je fais aussi parti de l’équipe de communication de Kenwood Design pour certains évènements tels que les Tokyo Designer’s Week par exemple.

Quelles ont été les différentes étapes de votre parcours professionnel ?
Je suis diplômé de l’Ecole de Design Nantes Atlantique en design industriel. Tout au long de ces 5 années d’études, je me suis orienté vers le design produit en réalisant des stages chez Design Continuum et Visteon par exemple. Au terme de ce parcours, j’ai poursuivi mon projet de fin d’étude avec une entreprise privée. Cela m’a permis de me rendre compte de la notion de design en agence et en bureau intégré. Je fus par la suite contacté par Kenwood Design qui avait retenu ma candidature spontanée et partai pour le pays du Soleil Levant. Cela fera deux ans l’été prochain que je suis chez Kenwood Design à Tokyo.

Selon vous, quelles qualités personnelles faut-il développer pour exercer le métier de designer ?
Etre designer, c’est une vocation. C’est un métier qui requiert un investissement personnel important, beaucoup de motivation et du cœur à l’ouvrage. C’est avant tout une activité cérébrale : tout est dans la tête et c’est bien là le problème. Le design ne se limite pas à un coup de crayon jeté, un rendu informatique en deux clics de souris ou une modélisation 3D obtenue par la pression d’un simple bouton. C’est malheureusement encore pour beaucoup l’image du métier de designer. Cela prouve qu’il y a un problème de compréhension. Comme toute activité cérébrale, il faut un outil de communication pour pouvoir exprimer et défendre ses idées. Chacun s’exprime comme il peut, un designer c’est pareil. A vous de choisir selon vos compétences et vos intérêts (comprenez motivations). Certains se sentent libres devant une feuille de papier et un crayon, d’autres sont créatifs devant un ordinateur. Ce qui compte c’est de trouver un moyen de partager et de communiquer ses idées, ce que vous avez dans la tête. C’est pour cela que le travail en équipe est enrichissant et juste pour tous. C’est aussi le seul moyen de prendre du recul par rapport à son travail. Enfin, la persévérance et la ténacité sont de précieuses alliées. Le designer a une place difficile mais un rôle important en entreprise : il doit avoir le sens critique tout en apportant des solutions. C’est en y repensant, que je me dis qu’il faut profiter de ses années en école de design pour se lâcher, affirmer sa créativité et exprimer tout son potentiel. 

Considérez-vous que l’enseignement qui vous a été donné vous préparait bien à votre métier ?
Oui. Le design est un enseignement et requiert des bases. D’un coté sont les références à l’instar des métiers d’Arts et de l’autre la formation technique. C’est cet équilibre qui déjà prépare aux réalités de la profession. L’école est un moyen de tester sa flexibilité aussi bien sur des problèmes de gestion de temps, de concentration que sur son travail avec et vis-à-vis des autres. Elle permet de choisir sa voie et son orientation. Les années permettent et doivent servir à juger son travail et forger son style et son identité. Les stages ont pour cela été très importants et motivants pour moi. 

Quelles améliorations pourraient y être apportées au profit des jeunes générations ?
Sans vouloir rentrer dans le débat « un designer doit-il savoir se vendre ? », je pense que les cours de communication sont primordiaux. De la présentation de projet au recrutement, les étudiants en design y sont déjà confrontés. Comme je l’ai dit précédemment, beaucoup de personnes n’ont aucune notion de la quantité de travail que peut nécessiter un projet de design et ce, malgré des délais très courts qui eux sont pourtant, à l’évidence, compréhensibles. Le dialogue avec un responsable produit, un responsable des ventes, un ingénieur ou un client quel qu’il soit, oblige le designer à adapter son discours à la situation et d’être confronté à une négociation. C’est la place elle-même du designer comme coordinateur du projet qui impose cette flexibilité. Dans ce sens, je pense que former les jeunes designers à certaines pratiques de communication (et non pratiques commerciales) constitue un plus pour leur entrée sur le marché du travail. Et ce dans plusieurs langues, c’est devenu un impératif. 

Pour ces prochaines années, quelles aptitudes faudra-t-il particulièrement développer ?
Le design se doit d’anticiper et d’adopter une démarche intelligente vis-à-vis du futur. Concevoir, produire, oui, mais il convient aussi de penser au cycle de vie du produit. Les jeunes designers ne doivent pas négliger les process de production et la connaissance des nouveaux matériaux. Ainsi armés, ils seront d’autant plus crédibles et percutants auprès des professionnels. Autre point important, la mobilité. La possibilité qu’ont désormais les écoles de design d’accéder aux réseaux d’échanges internationaux est une chance et une porte ouverte sur le monde. Il faut vivre internationalement. J’encourage vivement les étudiants à partir aux quatre coins du globe pendant qu’ils bénéficient de cet encadrement. Il y a tout à apprendre et il y a à apprendre de tous. Un designer doit s’intéresser à tout et plus encore. La principale qualité qu’on demande et qu’on continuera de demander aux jeunes designers demandeurs d’emplois, c’est leur culture personnelle et leur culture internationale…